Manifeste du Muséum
Museum Manifesto

 

Humains et autres animaux
Humans and other animals

Le Muséum national d’histoire naturelle et les éditions Reliefs publient le Manifeste du Muséum – Humains et autres animaux, un ouvrage bilingue qui adresse un signal fort à nos sociétés contemporaines et s’intéresse à la diversité des enjeux scientifiques et sociaux de notre rapport à l’animal.

Discipline d’observation touchant à la géodiversité comme à la biodiversité y compris l’Homme dans sa diversité culturelle, l’histoire naturelle apprend à respecter les faits, à rejeter le dogmatisme. Elle est en cela une école de réalisme et d’humilité. Elle apprend au « naturaliste » en herbe à s’appuyer sur des savoirs et non sur des opinions ou des croyances. Comme toute démarche scientifique, elle produit au niveau professionnel des savoirs collectivement validés, c’est-à-dire des connaissances objectives appelées à devenir des biens publics. Fondée sur la rationalité, elle doit contribuer à réinstaurer la confiance du public envers les messages scientifiques, confiance indispensable pour que la démocratie puisse penser le long terme, crucial, notamment sur les questions environnementales, particulièrement aujourd’hui où les tensions s’exacerbent. L’histoire naturelle contribue ainsi à construire les principes éthiques qui fournissent des orientations pour la conduite humaine, individuelle et collective.

À diverses reprises dans le passé, l’histoire naturelle a tenu une place majeure, contribuant à forger le regard que les sociétés posaient sur le monde qui les entourait. À cet égard, le Muséum s’engage sur une diversité d’actions qui consistent à porter haut ce que l’histoire naturelle a à dire sur des questions d’interface science/société, là où parfois elle semblerait inattendue, là où parfois elle aurait dû jadis prendre la parole et ne l’a pas fait, ou bien n’a pas été entendue. Le Muséum national d’histoire naturelle est riche d’une diversité d’approches disciplinaires, sciences de la vie et de la Terre comme sciences humaines et sociales, et articule les missions de recherche, expertise, enseignement, collections et diffusion.

Parmi les modalités par lesquelles le rayonnement peut et doit se concrétiser, le Muséum souhaite s’impliquer dans les controverses qui traversent la société ; il publie des manifestes dont le premier – intitulé Quel futur sans nature ? – avait pour thème le rôle et la place de l’histoire naturelle dans les sociétés européennes de ce siècle. Le second, Migrations, offrait un point de vue scientifique sur le phénomène migratoire, partant de l’histoire naturelle et ses diverses échelles de temps et d’espace, pour ensuite s’orienter vers la sociologie, la démographie, et la philosophie.

Aujourd’hui, l’établissement ambitionne de faire entendre l’histoire naturelle au sujet de notre rapport à l’animal, à une époque où s’expriment des sensibilités variées, parfois exacerbées dans leur expression, et qui vont d’une attente éthique, des débats académiques sur le droit animal jusqu’aux exactions commises à l’encontre des boucheries, en passant par l’engouement d’une partie de nos jeunes concitoyens pour l’alimentation vegan, le militantisme anti-zoo ou anti-élevage. L’objectif est de convoquer les différentes disciplines scientifiques en lien avec ce sujet afin de disposer d’une analyse scientifiquement fondée de notre rapport à l’animal et du changement de sensibilité actuel dont ce rapport est l’objet, d’interroger diverses échelles de temps et d’espace, comme l’histoire naturelle nous y incite.

L’histoire naturelle nous incite également à pratiquer un anthropomorphisme inversé. Par peur de nourrir un anthropocentrisme forcément biaisé du point de vue de l’analyse scientifique des animaux (et des phénomènes naturels en général), l’histoire naturelle s’est longtemps méfiée des rapprochements entre comportement animal et comportement humain. Ce faisant, elle s’est coupée de la possibilité de voir dans les animaux les primordia de caractères ou de facultés qui se retrouvent diversement développées dans notre espèce. Ainsi, d’une coupure Homme/Animal dogmatiquement entretenue par les monothéismes, nous sommes passés à cette même coupure par un souci de rigueur scientifique. Or l’un des rôles de l’Histoire naturelle, à travers notamment la théorie générale de l’évolution et la comparaison, est précisément d’abolir cette coupure afin d’expliquer nos origines et ainsi d’enraciner l’humain en nature. Ces réflexions ne sont qu’un point de départ : ce que nous devons en faire du point de vue des pratiques (droit, élevage, zoos, éthique des pratiques scientifiques, etc.) est un champ qui s’ouvre amplement à des recherches qui devront cerner la diversité des enjeux scientifiques et sociaux de notre rapport à l’animal. Philosophie, sciences vétérinaires, éthologie, sociologie, anthropologie, évolution, nutrition, zootechnie, archéologie, droit, histoire, psychologie, zoologie sont les principales disciplines identifiées.

Bruno David est directeur du Muséum d’histoire naturelle. Il collabore avec des organismes internationaux, est invité à de nombreux colloques scientifiques et est très impliqué dans la diffusion en direction du grand publicLes auteurs de ce Manifeste sont Hélène Artaud, Alain Boissy, Didier Bonnet, Georges Chapouthier, Sabrina Krief, Guillaume Lecointre, Jean-Pierre Marguénaud, François Moutou, Michel Raymond, Michel Saint Jalme, Véronique Servais, Bernard Vallat, Jean-Denis Vigne

84 pages

Bilingue français-anglais
ISBN : 979-10-96554-89-8

7,50 €

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